Propos sur le Chapitre troisième sur « La politique du capital »

Publié: 24 mars 2011 dans Uncategorized
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Propos de l’auteur…

Le titre est choisi avec justesse: « La politique du capital« .  Hervé Kempf éclaire le lecteur, dans son style maintenant connu, sur  la séparation entre le monde politique et le capital.  La cloison n’est plus étanche, elle s’est amincie à ce point qu’elle n’y paraît plus, même en façade.  S’il y a tentative de camouflage, cela n’y paraît pas puisque les exemples sont éloquents, abondamment  illustrés dans tous les pays.  Le politique et le capital font maintenant bon ménage et ce qui conditionne le respect du bien commun n’est plus. 

Qu’ils appartiennent à la faction de droite ou de gauche, Hervé Kempf décrit un phénomène, soit une panoplie de hauts dirigeants occupant des fonctions politiques stratégiques, se muer ensuite en lobbyistes  de grandes entreprises.  Quelques années au sein des hautes instances gouvernementales et le tour est joué.  Kempf décrit leurs profils et leurs cheminements.  Inversement, des millionnaires et des milliardaires deviennent politiciens, sans gêne quant à leurs relations entre les activités de l’État et le gonflement de leur fortune  privée.  Les exemples foisonnent, portant sur des entreprises publiques privatisées « aux profits » du privé, vendues à prix dérisoire. L’éclairage porte sur le processus de marchandisation de la sphère publique aux mains des privés, les grands de ce monde, des « dieux » comme les appelle Kempf.  Celui-ci n’hésite pas à parler  d’abus d’une charge publique à des fins d’enrichissement personnel. 

Transport, télécommunications, électricité, autoroute, tout passe à la privatisation. Ce que rapporte Hervé Kempf porte un nom: corruption !  Détournement de fonds publics aux mains des Dieux. Ce sont des prédateurs qui démantèlent l’État, petit à petit, sournoisement, abaissant les budgets liés aux services pour les réintroduire dans le domaine privé.  L’auteur conclut par une dénonciation portant sur le financement des partis politiques en contrepartie de « nouvelles » lois  favorisant les donateurs, ces grandes entreprises plus généreuses. ……  Fin du chapitre troisième !

Gaz de schiste, Lucien Bouchard, corruption, syndicats…  et autres de ce genre 

Le ton est alarmiste et  le focus présente le phénomène dans sa partie et sans nuance.  J’en conviens.  Cependant, je ne peux taire l »actualité au Québec.  Le déclic est immédiat.  Surle thème du lobby par les hauts dirigeants, le gâteau québécois est bien garni: L’industrie du gaz de schiste appelle à la rescousse l’ancien premier ministre péquiste Lucien Bouchard.  L’article paru dans le journal Les Affaires le 25 janvier dernier laisse peu de doute sur l’existence du phénomène décrit  par Kempf. L’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) annonçait la nomination de M. Bouchard au poste de président de son conseil d’administration. Double illustration puisque Lucien Bouchard prenait le relais d’André Caillé, lui-même ex-pdg d’Hydro-Québec, notre belle société d’État.  Les groupes de pression et les environnementalistes avaient eu raison de lui, étant surmené suite à une tournée d’assemblées publiques d’information visant à démythifier l’exploitation des gaz de schiste. Comme quoi Dieu peut s’épuiser… même fortuné.  Quant à Lucien Bouchard, qui fut Premier ministre du Québec de 1996 à 2001, je rappelle qu’il fut également  ministre fédéral de l’Environnement (avant d’être indépendantiste).   Le même article précise que Son arrivée à la tête du lobby de l’industrie gazière va assainir le débat, pense la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau.   Est-ce véritablement de la naîveté ?

J’ajoute, toujours dansl ‘actualité québécoise, les allégations répétées  portant sur les  contrats de construction des municipalités au Québec.  Allégations qui suggèrent une collusion entre les entrepreneurs et leurs amis politiques qui auraient  conduit à une inflation des prix. La Fédération des travailleurs du Québec était dans la mire alors que de nombreux patrons de la construction étaient soupçonnés de collusion avec de nombreux patrons de la construction.    « Dans l’oligarchie, on est entre amis: présidents, procureurs, milliardaires, ministres, tous amis… » cité de Kempf.

Quelques uestions à méditation

Est-ce un phénomène véritablement nouveau ?  Est-il plus spectaculaire qu’il ne le fut auparavant ? Répondre non donnerait un signal que la démocratie est plus transparente qu’elle ne l’était.  Ou encore que l’on s’indigne de moins en moins et que l’indifférence s’est installée.  Mais l’indifférence…

Au moment de mes études de baccalauréat, dans les années 1980, le dicours de Kempf était tout aussi courru.  Même que dans mon cours sur les Institutions politiques, la moitié des étudiants était de « de gauche » et l’autre moitié était qualifié de « droite » à défaut de se positionner.  Ceux qui se réclamaient de la « gauche » se régalaient du Capital et perlait bien fort pour remettre en cause la bourgeoisie économique… dont ils provenaient d’ailleurs. Je me souviens… c’était épeurant…à voir tellement ils maitrisaient la langue.  Ce discours me semble être moins d’actualité, quoiqu’il soit encore vivant. Alors, la question se pose: qu’est-ce que le discours de Kempf  apporte de nouveau ?  Il semble parler d’un virage à partir des années 1980.  J’ai un doute.

 Assurément, les politiciens, les petits et les gros,  n’ont pas la cote actuellement.  Ils font l’objet de méfiance comme jamais auparavant.   Certains n’y croient plus, d’autres semblent indifférents, la majorité semble-t-il.

 Je repose la question: que signifierait se mettre en « mode solution »  si les instances de pouvoirs sont moins attrayantes?   Je me réserve le dernier chapitre, après avoir lu le volume de Kempf , pour élaborer sur ce sujet.  Car je ne peux pas prétendre que Kempf n’apportera pas d’alernatives avant la fin, n’est-ce pas ! 

Rendez-vous donc au chapitre quatrième…. sur « L’art de la propagande« 

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commentaires
  1. M-J
    Tu as un doute sur le capitalisme des années 80. Pas moi! Avec les années 80-90, nous sommes arrivés, sans trop nous en rendre compte, à un nouveau moment historique du capitalisme : celui d’un capitalisme financier et boursier (Biasutti et Braquet, 2010; Gadrey, 2010) inscrit dans une interdépendance économique qui a levé de plusieurs crans à l’échelle de toute la planète (mondialisation néolibérale), interdépendance amenant aussi une importante vague de délocalisations. C’est ainsi que la crise financière de 2008 aux Etats-Unis aura provoqué la mise au chômage de 20 millions de personnes dans le pays (sans compter les faillites personnelles liées à la fuite en avant immobilière) et 220 millions de perte d’emplois dans le reste du monde. Et la plupart des auteurs (économistes comme Gadrey ou journalistes comme Kempf) sont très loin du marxisme-léninisme des années 80 auxquelles tu réfères: eux ils avaient un cadre unique de référence, un certain marxisme de la première période du communisme, les années 20 et des solutions toutes faites: le parti. Le capitalisme d’hier ou d’aujourd’hui, certains peuvent dire que c’est du pareil au même. Faux! Il change constamment et les luttes sociales l’ont fait changé (les 30 glorieuses de 1945 à 1975) mais le rapport Capital/Travail s’est inversé dans les 30 dernières années au bénéfice des grands actionnaires (contre les entrepreneurs qui acceptaient de négocier avec les syndicats), du profit à court terme, etc…D’où la crise de 2008….

  2. J’ai l’impression que la crise du début des années 80 a joué un rôle charnière dans le changement de direction au niveau de la répartition de la richesse ou du rapport Capital/Travail dont parle Louis Favreau dans son commentaire. Le discours qui a accompagné cette crise de faire des concessions et de courtiser les investisseurs transnationaux d’ici et d’ailleurs pour sauvegarder les emplois a placé beaucoup de syndicats et de syndiqués sur la défensive. La composante la mieux organisée et la plus combattive pour promouvoir les intérêts des travailleurs et de leurs familles s’est affaiblie. Leur force de transformation a aussi été grugée par d’autres phénomènes comme celui de la sous-traitance et de la délocalisation accrue de la production qu’elle a rendu possible. Aussi les idéaux communiste et socialiste qui animaient beaucoup de militants se sont en grande partie effondrés et ont accentué le recul.

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